Creuse : l’occupation de l’usine GM&S se poursuit, les négociations aussi 

Un groupe de salariés de GM&S occupe le site de La Souterraine (Creuse) depuis jeudi .

Les élus et personnalités locales sont passés apporter leur soutien aux salariés.

Une nouvelle table ronde sera organisée lundi par le préfet de la Creuse.

L’occupation du site se poursuit. L’entrée du site est obstruée par l’« îlot robotisé » fracassé jeudi et par un brasero.  L’atelier de tôlerie, c’est-à-dire le secteur « hors-automobile » n’a pas stoppé sa production et continue d’honorer ses commandes. Il emploie directement 30 salariés sur 277 (et cinquante contribuent en tout à cette activité).  Dans le bâtiment d’emboutissage proprement dit, une trentaine de salariés assurent le piquet de grève. Il a été décidé de repousser au-delà du week-end toute nouvelle destruction d’un outil de travail.

 

En effet, une  table ronde sera organisée lundi  à la préfecture de la Creuse.Le préfet  Philippe Chopin a pris le dossier en main au niveau local du fait de la transition gouvernementale.  « Renault a confirmé sa présence », a annoncé Vincent Labrousse, l’un des représentants du personnel. Vendredi après-midi, les membres du comité d’entreprise ont eu la confirmation que les négociations se poursuivaient à Paris. Des informations contradictoires circulent en effet depuis jeudi. Le directeur de transition, Renaud Le Youdec, a en effet laissé entendre à Libération qu’il était prêt à jeter l’éponge face à l’absence de réponse des constructeurs  et à « remettre le dossier aux mandataires judiciaires ». Ce que dément Vincent Labrousse : « M. Le Youdec poursuit les négociations ».

De même,  le journal économique Les Echos a fait état d’un courrier d’Alain Martineau, PDG de GMD et seul repreneur potentiel qui mentionnerait qu’il «renonce » à son projet de reprise. Là encore, les représentants des salariés de GM&S ne confirment  pas. Les multiples redressements que leur usine a subis les a malheureusement rôdés à ce genre de partie de poker, ils savent que jamais rien n’est fichu  jusqu’à l’ultime seconde :  « On est convaincus de rien. La seule chose dont on est convaincus c’est que si on se bat pas, on va crever », objecte Vincent Labrousse.

Plusieurs sources concordent toutefois pour confirmer le double discours de Renault et de PSA : « On voit au niveau du Technocentre Renault  à Guyancourt, où l’on suit un peu les fournisseurs que les commandes ont baissé et que tout est fait pour se débarrasser de GM&S. Ce n’est pas sérieux, les propositions de Renault, sur le fond reposent sur du vent », estime Christian Morel, élu de Sud-Renault.  « Qu’ils arrêtent de nous mener en bateau et de gagner du temps,  lance Yannick Augras, de la CGT, qui sait que les constructeurs n’infléchiront leur position que «  sous la pression ». Or, durant cette semaine de flottement politique, comment faire monter la pression ? La CGT et Force ouvrière viennent de lancer un appel national à soutenir les salariés de GM&S le mardi 16 mai. Tous les salariés et  citoyens sont invités manifester sur le site à partir de 15 heures puis à partir de 17 heures devant la mairie de La Souterraine.

Est-ce que la venue du nouveau Président de la République à La Souterraine pourrait participer à déboucher l’avenir des 277 salariés et de leurs familles ?« Si le Président veut venir, il vient. On ne fera pas péter l’usine pendant qu’il sera là. Les rencontres pour les rencontres, ça fait six mois que ça dure. Nous on veut du concret », grince Vincent Labrousse.  Le 19 avril, jours où les GM&S ont manifesté sur les Champs-Elysées, Christophe Sirugue, secrétaire d’Etat à l’Industrie,  a réaffirmé une position ferme : « De nombreuses réunions se sont tenues avec les constructeurs. J’ai moi-même rencontré les dirigeants de PSA et de Renault le 31 mars 2017 et ai exigé d’eux des engagements plus conséquents et à même de permettre une vraie reprise ».  Six semaines plus tard et à moins de quinze jours de la liquidation, Renault et PSA n’ont pas bougé d’un pouce.

Pour l’instant, aucune autre machine outil n’a été détruite sur le site, les salariés ont décidé de laisser passer la journée plus « tranquillement » que jeudi, tout en attendant des nouvelles des constructeurs et de leur repreneur potentiel.

Entre temps, la préfecture de la Creuse a envoyé un communiqué de presse annonçant la tenue d’une réunion lundi 15 mai à 14 h 30 en préfecture, qui réunirait « organisations syndicales, administrateur judiciaire, manager de transition, constructeurs automobiles, parlementaires, élus régionaux et locaux, candidat repreneur et services de l’Etat » afin de « faire un point de situation du dossier ».

Une réunion, souligne le communiqué, qui « s’inscrit dans une volonté de poursuite d’activité et dans une démarche d’accompagnement pour la reprise du site ».

Les salariés de GM&S ont réussi leur coup : faire parler d’eux. Depuis jeudi, toutes les chaînes d’infos, télé ou radio, et les journaux nationaux parlent de leur siège. Et cette exposition médiatique était l’un de leurs objectifs:  » On a eu la visite de Barnard Cazeneuve, on est allé sur les Champs-Elysées et ça n’a que peu intéressé les médias. On annonce qu’on va tout faire sauter et tout le monde rapplique », note, acerbe, un salarié.

À bout, les GM&S de La Souterraine (Creuse) piègent leur usine et détruisent des machines

Jeudi soir, plusieurs personnalités locales et élus ont fait une halte sur le site sostranien : Michel Vergnier, député maire de la Creuse, candidat PS aux législatives, Laurence Pache, candidate de la France insoumise, Eric Correia, président de la Com d’agglo du Grand Guéret et conseiller régional, entre autres. Tous ont redit leur soutien aux salariés et pressé les constructeurs de prendre leurs responsabilités.

La nuit à l’usine

Un groupe de salariés a passé la nuit dans les murs de l’usine, « pour surveiller qu’il n’y ait aucune intrusion » notamment puisqu’ils disent avoir piégé  l’usine avec des bonbonnes de gaz et des jerrycans d’essence.

S’ils doivent perdre leur emploi et leur usine, ils assurent qu’ils ne la rendront pas dans l’état. A cinq heures, les veilleurs ont été relayés par une équipe de jour et ont eu la visite de leurs confrères syndicalistes du centre hospitalier de Guéret, qui leur ont amené les croissants.

La nuit s’est bien passée, sans pour autant que les constructeurs ne se soient encore manifestés.

Une autre machine détruite ce vendredi

Alors, comme ils l’ont promis jeudi, une autre machine outil sera probablement détruite dans les jours qui viennent afin que la pression monte encore d’un cran sur les constructeurs. Mais aussi sur le nouveau gouvernement à venir. Car, à l’image de Whirpool, à Amiens, où Emmanuel Macron a fait le déplacement, ils veulent que leur dossier circule au plus vite sur les bons bureaux de l’Elysée.

Jean-Baptiste Moreau, candidat La République en Marche aux législatives, agriculteur et président de la Celmar, implantée à La Souterraine, n’a pas encore fait le déplacement sur le site.

Pourtant, comme tout Creusois, du canton qui plus est, il connaît bien la situation de l’entreprise. Joint par téléphone, il nous disait attendre des consignes nationales de La République en Marche pour s’y rendre et avoir « des choses à leur dire ».

Rendez-vous avec Macron

Aujourd’hui, il nous confie qu’il a rendez-vous à Paris samedi, pour rencontrer le nouveau président élu. « Je vais évidemment lui parler de ce dossier, qu’il a déjà entre les mains puisque les salariés lui avaient remis » lorsqu’il était au ministère. « Je vais le défendre comme un Creusois ! »

Si Jean-Baptiste Moreau dit qu’il en fera un sujet de premier plan une fois élu, les salariés eux, n’ont pas le luxe d’attendre le 18 juin, car la liquidation aurait déjà eu lieu.

Pour autant, le candidat de La République en Marche souligne qu' »il faudra tout faire pour sauver ces emplois, qu’on trouve un autre repreneur, sérieux cette fois-ci. Sur le bassin de La Souterraine, on ne peut pas faire sans cette usine : 277 emplois, il est évident qu’il faut qu’on fasse tout pour les sauver. Dès lundi, je vais faire en sorte que ça soit le dossier du ministère du Travail ».

Publié le 12/05/2017 à 17h50

Julie Ho Hoa

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