La mobilisation autour de l’hôpital d’Aubusson se poursuit

« On se bat pour conserver un établissement de soins dont les prestations correspondent aux besoins de la population. » Autour des personnels de l’hôpital et de Julien Palaye, aide-soignant et délégué CGT du CH d’Aubusson , Michel Moine, maire d’Aubusson et président du Conseil de surveillance, les maires du secteur et conseillers départementaux se sont réunis samedi devant la mairie pour redire leur soutien.

Ils étaient un peu plus de 150 samedi matin, à s’être réunis devant la mairie d’Aubusson pour soutenir un centre hospitalier au plus mal, qui attend qu’État et ARS tiennent leur promesse.

«Un an de promesses de l’ARS et au final quel résultat ? La chirurgie ambulatoire en stand-by pour un pseudo-problème de climatisation, des services de SSR et de médecine pour lesquels on nous avait promis de l’aide, toujours à l’abandon, le personnel en épuisement, essoré sous prétexte d’économies quand on nous annonce 800.000 € de bénéfices pour l’Ehpad. » Au mégaphone, Julien Palaye, aide-soignant et délégué CGT du CH d’Aubusson égraine les maux qui minent le service de santé du sud creusois.

Personnel en souffrance
et services menacés

Depuis un an, syndicats, personnels et élus se battent pour que des moyens soient enfin donnés au centre hospitalier. Le personnel – 350 emplois – est au bout du rouleau, les burn-out se multiplient, les arrêts maladie aussi et le malaise se ressent dans tous les couloirs, ceux de l’Ehpad, de soins de suite et de réadaptation, de médecine…

« Si ce n’est pas
du sabotage,
qu’est ce que c’est ? »

« Sous prétexte d’économie, on tire sur le personnel, alors que le déficit vient de problèmes de gestion, d’une politique nationale qui plombe les hôpitaux de campagne. On ne remplace plus les arrêts maladie, tout le monde est épuisé et continue à bosser parce que malgré tout, on a des patients et résidents en face de nous. Mais jusqu’à quand ça va tenir ? », interroge Julien Palaye.

L’humain va mal, le matériel aussi. Depuis le 15 décembre dernier, le bloc opératoire de chirurgie ambulatoire (précédemment menacé de fermeture par l’ARS) est au chômage technique à cause de la climatisation, cassée. La direction a traîné des pieds cinq mois pour la faire réparer puis quatre autres mois pour se décider sur un devis (de moins de 60.000 €). Pour Michel Moine, maire d’Aubusson et président du Conseil de surveillance, « si ce n’est pas du sabotage, qu’est ce que c’est ? ». Pourtant le service de chirurgie ophtalmologique, dans le collimateur de l’ARS, fonctionnait « très bien » souligne Julien Palaye. Le chirurgien, qui venait de la polyclinique Chénieux, a même proposé d’intervenir une fois par semaine plutôt que tous les quinze jours pour pouvoir pratiquer 450 interventions au lieu de 250. Une orthoptiste a également accepté de l’accompagner. Michel Moine attend toujours la réponse du directeur général de l’ARS, Michel Laforcade, suite à cette proposition portée à son attention en mars. « Cela ramènerait le service à l’équilibre mais l’ARS ne veut surtout pas qu’on fasse la démonstration que c’est viable parce que ce service, elle veut le fermer. C’est une décision dogmatique, ce n’est pas une décision basée sur les besoins sanitaires de la population. »

Pour l’instant, sauf autre surprise, la fin du chantier est prévue pour mi-juillet et le bloc devrait rouvrir 1 er septembre. En attendant, les patients de chirurgie ophtalmique doivent aller à Limoges ou Clermont. Une situation où « beaucoup renoncent aux soins », avertit Julien Palaye qui souligne que la plupart de ces patients sont des personnes âgées.

La mobilisation continue pour que soient donnés à l’hôpital, les moyens de fonctionner et d’accueillir les patients dans les meilleures conditions. Lors de la manifestation, un courrier à l’adresse du directeur général de l’ARS a été distribué aux habitants pour que chacun l’envoie à l’ARS. « On attend la mobilisation de tout le monde, on ne défend pas l’hôpital que pour le personnel, on le défend aussi pour les usagers, pour les services qu’il rend », souligne Julien Palaye.

L’État traîne ouvertement des pieds

Dans notre édition de vendredi, nous publiions la lettre de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, adressée au député Michel Vergnier, dans lequel elle assurait que « le service des urgences de l’hôpital d’Aubusson sera maintenu » et une hélistation créée. « On nous dit que les urgences ne sont pas menacées. Il faut que nous comprenions qu’elles l’étaient et qu’on avait oublié de nous le dire ? », sourit Michel Moine en rappelant, devant la mairie, le contenu de ce courrier, qu’il juge « proprement scandaleux ». À moins que la ministre n’ait confondu le service des urgences et l’antenne SMUR, deux choses bien distinctes. « S’agissant de l’antenne SMUR, on nous dit qu’une réflexion permettra de concerter l’ensemble des acteurs. Ce n’est pas une réflexion que l’on demande, souligne Michel Moine, la décision a été prise il y a deux ans et la promesse faite. Ce que nous demandons, c’est que la parole de l’État soit assurée sur le territoire. » Une antenne d’autant plus indispensable à la prise en charge rapide des habitants du sud creusois, que les délais d’intervention des urgences depuis Guéret sont forcément plus longs et ne mettent pas toutes les chances du côté des usagers. Second point de ce courrier, l’hélistation. La ministre annonce « que la création d’une hélistation sera intégrée dans le projet de restructuration et à la reconstruction des établissements du site d’Aubusson. » Là encore, « cela fait deux ans que la décision est prise », rappelle Michel Moine. Rien de neuf sous le soleil donc, à part la poursuite de promesses qu’on tarde à honorer. « Le directeur général de l’ARS nous dit oui mais la chambre des comptes nous dit que ça va coûter cher, sourit Michel Moine. Oui, on sait très bien que maintenir des services publics et notamment des services de santé sur des territoires comme les nôtres, cela coûte cher mais notre vie, celle de nos amis, parents et enfants aurait-elle un prix différent selon qu’on habite à la campagne ou dans une grande ville ? Ce que nous demandons, c’est simplement l’égalité républicaine d’accès aux soins. »

Julie Ho Hoa

Publié le 02/05/2017

© photos bruno barlier

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