HOPITAL DE GUERET: LE PERSONNEL EST A BOUT!

Les difficultés dans la fonction publique et notamment dans la fonction publique hospitalière ne sont pas nouvelles. Mais l’impression est telle qu’un cap a été franchi. Notamment lors de cette visite du secrétaire général de la CGT Philippe Martinez à l’hôpital de Guéret où à son passage, les personnels ont osé dire ce qu’ils n’avaient jamais osé faire avant. Ils sont à bout.

Des agents dont une infirmière et deux aides-soignantes, une de jour et une de nuit, ont accepté de témoigner aux côtés du secrétaire CGT du Centre Hospitalier de Guéret : Philippe Baurienne au local CGT.

Les larmes ne sont plus là, elles reconnaissent qu’elles ont, après cet hiver, eu quelques repos bénéfiques mais elles ne sont pas loin tout de même. Car rien n’est rose. Si elles aiment leur métier, un métier qu’elles ont choisi, c’est tout ce qui va autour qu’elles ne supportent plus, qu’elles ne peuvent plus supporter.  Les rappels incessants, la  pression quotidienne, des plannings difficiles à lire… en font partie. «Sachant nos collègues en difficulté, on fait des heures et des heures…», avoue l’une d’entre elles. Jusqu’au point d’être épuisées. Parfois, elles arrivent à dire non mais on les culpabilise. Une culpabilisation qu’elles vivent déjà. Car quand elles refusent, c’est parce qu’elles ne le peuvent pas et elles n’en dorment pas la nuit. Des heures et des heures dont elles ne savent pas réellement où elles en sont.

Le centre hospitalier s’est doté d’un nouveau logiciel où n’apparaît plus les heures supplémentaires. Ce dernier pose également des soucis dans les rappels car elles ne sont pas seulement rappelées sur leur service ou dans le pôle où elles exercent mais sur tout l’hôpital, de jour comme de nuit. Et il n’y a pas de communication entre services. «J’ai une collègue de nuit qui a été rappelée pour travailler aux urgences, elle était la seule aide-soignante, elle n’y connaissait rien», rapporte l’une d’entre elles. 

Un exemple parmi tant d’autres. Comme cette fois-là où l’infirmière présente a dû faire ses trois nuits avec une collègue différente à chaque fois dont certaines ne connaissaient rien au service. Elle ne remet pas la faute sur elles, elles n’y peuvent rien mais «c’est très dur pour tout le monde, note-t-elle. Ce n’est plus possible». Elle l’avoue, elle s’est même retrouvée seule dans son service. Oui elle n’avait pas beaucoup de patients mais «l’idée que l’encadrement puisse penser que c’est envisageable» lui est inconcevable.

Ou il y a encore cette journée effarante dans un des services de l’hôpital où une infirmière s’est retrouvée toute seule, sa collègue était malade, avec trois aides-soignantes et une élève infirmière. Du soutien lui a bien sûr été apporté par un infirmier en réanimation, puis quand il a fallu que celui-ci retourne dans son service, une infirmière de l’hôpital de jour a été sollicitée sans que la première ne soit au courant puis il y a eu un nouveau changement. Au final, elle était contente de sa journée malgré les difficultés mais le lendemain elle était convoquée parce qu’elle n’avait pas su gérer la répartition des aides-soignantes.

Un épuisement physique, moral, des tâches qui glissent mais tout en respectant les normes. «On est entre le marteau et l’enclume, soulignent-elles. Comment apprendre aux élèves dans ces conditions ? Comment ne pas les  dégoûter ?»

Des repos qui sautent ou même des congés pas respectés. Comme cette aide-soignante rappelée le vendredi sur ses vacances pour venir travailler trois jours alors qu’elle travaillait le lundi. Elle a accepté de venir le dimanche, «mais c’était mes vacances. On a une vie». Une vie qu’elles doivent oublier. On l’a fait comprendre à cette aide-soignante à son arrivée dans l’établissement.

Elles font au mieux, reviennent mais en face, elles n’ont jamais un merci. «C’est très vexatoire. ça leur coûte quoi ! et ça ferait un bien !» Elles évoquent un «harcèlement ! ».

 

Des difficultés créées volontairement ?

Et toutes ces difficultés, notamment organisationnelles car c’est bien là que le bât blesse, elles ont «le sentiment qu’elles sont créées volontairement pour supprimer la chirurgie au centre hospitalier de Guéret. En plus ça va être de notre faute mais il joue avec le feu en diminuant le personnel, en faisant une politique de remplacements ponctuels». Certains chirurgiens sont excellents dans leur travail, c’est le cas du chirurgien viscéral le Dr Souliman.

Elles n’oublient pas le sort des contractuels qui ne peuvent pas s’arrêter de peur de perdre leur emploi du jour au lendemain mais aussi celui des agents de service hospitalier (ASH) qui vivent la même chose qu’elles «avec le salaire en moins et du mépris en plus».
Elles parlent peu, manifestent peu, c’est vrai, elles le reconnaissent. «Nous sommes tellement rappelées qu’on se recroqueville, on se protège, on n’en peut plus», confient-elles.

Les trois femmes que nous avions en face de nous sont soutenues mais «ça peut vite basculer, préviennent-elles. Il faut que tout le monde se rende compte de ce qu’il se passe. On est dans un département agricole, moins  d’emplois c’est moins de personnes. On ne peut pas habiter à Limoges et gérer des exploitations agricoles en Creuse. Est-ce qu’on a le droit de vivre en Creuse ?»

La question semble se poser. Pas seulement pour la santé.

Sources : article de Vanessa Juliet (édition du journal L’Echo Creuse du 22 mai 2018).

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