Des aides-soignants dénoncent un fonctionnement « maltraitant » dans les Ehpad de la Creuse

Que se passe-t-il vraiment dans les Ehpad de la Creuse ? Des agents hospitaliers font part de leur honte d’être contraints de traiter leurs patients de manière indigne.

Dans le sud de la Creuse, la création d’une grosse stabulation, où les broutards sont engraissés de façon rationalisée, a suscité un vif débat. Les veaux creusois, du moins, sont censés être nourris avec des aliments sains.

« Ce qu’on donne à manger à nos vieux dans les Ehpad, c’est dégueulasse », lance un permanent de l’union départementale CGT de Guéret.

La rentabilité, qui passe par une rationalisation des tâches et une réduction drastique des coûts, empruntée aux modes de production industriels, est recherchée dans les Établissements hospitaliers pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Manque de moyens : des Ehpad à bout de force en Creuse

Interdit de s’exprimer librement

Partout en France, des grèves ou des scandales éclatent, liés à la dégradation de la prise en charge des personnes en fin de vie. Le « département le plus âgé d’Europe », qui revendique une expertise dans la « Silver économy », n’est pas un îlot enchanté.

Les alertes du personnel soignant se multiplient en Creuse

Des agents hospitaliers syndiqués dénoncent depuis plusieurs mois une « maltraitance institutionnalisée » dans les Ehpad creusois. Des infirmiers, aide-soignant ou agents de service hospitaliers adhérents de la CGT ont décidé cette semaine de témoigner anonymement.

On ne peut consacrer que sept minutes à une toilette […] Le soir, on a quarante minutes pour faire manger dix à douze résidents, à deux agents. Il y a des risques de fausse route

« Un code de déontologie a été promulgué afin d’empêcher les agents de lancer des alertes et de parler librement », précise Nathalie Teste, déléguée du secteur sante-social de la CGT de la Creuse. Lorsqu’ils ne redoutent pas les « représailles » de l’encadrement, les agents ne mâchent pas leurs mots et dénoncent l’impossibilité d’exercer leur métier en préservant la dignité et le bien-être des personnes dont ils ont la charge.

Dans toutes les bouches revient l’implacable diktat du « chronométrage » des tâches : « On ne peut consacrer que sept minutes à une toilette […] Le soir, on a quarante minutes pour faire manger dix à douze résidents, à deux agents. Il y a des risques de fausse route ».

Xavier (le prénom a été modifié) affiche : « 32 ans de carrière en Ehpad » et il affirme « que les personnes âgées étaient bien mieux considérées et prises en charge il y a trente ans ».

 

En remontant le temps, resurgissent les termes d’hospice, de « mouroirs », de sinistre mémoire, mais dans les années 1970-1980, on parlait de maisons de retraite et cette appellation marque une profonde différence avec les Ehpad du XXIe siècle : « Le niveau de dépendance des résidents, qui arrivent plus âgés, ne cesse de s’accroître et nécessite une plus forte prise en charge, sans qu’il y ait les moyens humains en face ». Xavier reconnaît que la technique, aujourd’hui, est plus développée : « On a des machines pour nous aider à relever les patients, mais on n’a matériellement pas le temps de s’en servir ».

Nathalie Teste compare avec « l’Allemagne où il y a un soignant par résident, alors qu’en France, la moyenne est d’un soignant pour huit résidents ». Il en découle un dysfonctionnement ordinaire des Ehpad, révélé par ces témoignages de professionnels : « On ne peut donner qu’une douche toutes les trois semaines […] certaines personnes sont couchées à 17 heures chaque jour et sont laissées 14 heures dans leur lit, ce qui favorise les escarres. On n’a pas le temps de leur parler pour les aider à s’endormir, la consigne c’est de leur donner des anxiolytiques ».

La nuit, au moindre pépin, on appelle les urgences

La nuit, les conditions de sécurité sont-elles réunies lorsque la garde est assurée « sans infirmière, par un aide-soignant et un agent de service hospitalier pour 80 résidents » ? À la moindre alerte, « la personne doit partir aux urgences, que ce soit grave ou pas ».

Le très fort turnover, le manque de formation de personnels précarisés, s’ajoute au manque d’effectifs et déboussole encore plus les personnes âgées.

Cette gestion industrielle, déshumanisée, ce travail à la chaîne, fait craquer les professionnels en chaîne, comme le relate Nathalie Teste : « On a deux fois plus d’arrêt maladie que dans le BTP. L’autre jour, une aide soignante m’a dit : Je préfère retourner à l’usine ».

Pétition et mouvement de grève. La CGT (et probablement d’autres syndicats) va appeler à un mouvement de grève national dans les Ehpad le 30 janvier. Une pétition va également être diffusée afin d’interpeller le président de la République, sur les conditions de prise en charge et de travail dans ces établissements, dans la perspective d’une nouvelle baisse de la dépense publique qui impactera la santé.

Sources : article de Julien Rapegno (journal La Montagne du 21 décembre 2017). Photo du journal La Montagne.  

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